La Pictave est peut-être la race la plus confidentielle que j’aie jamais cherché à élever : quand je dis à mes voisins que j’en ai dans le poulailler, ils me demandent si c’est un plat cuisiné. Et honnêtement, je les comprends. La Pictave n’apparaît dans aucun livre grand public sur les poules de jardin, elle ne s’affiche pas dans les rayons des jardineries, et même beaucoup d’aviculteurs passionnés n’en ont jamais entendu parler. C’est la race fantôme de l’aviculture française, une survivante du Poitou qui a failli disparaître dans l’indifférence générale, et qui ne tient encore debout que grâce à une poignée d’éleveurs obstinés qui ont refusé de la laisser mourir.
Petit aveu en préambule : un lecteur expert, Bernard Pailhès, m’a signalé en commentaire que mes poules vendues comme Pictaves n’en étaient probablement pas. Et il avait raison. J’ai corrigé cet article en conséquence, avec les vraies caractéristiques de la race. Merci Bernard, c’est exactement ce dont les races patrimoniales ont besoin : des gens qui veillent.
La poule Pictave en bref — Fiche technique
| Caractéristique | Détails |
|---|---|
| Origine | France, Poitou (Vienne) ; créée par le comte Raymond Lecointre à Anché ; nom issu des « Pictaves », peuple gaulois de la région de Poitiers |
| Format | Race naine exclusive : la seule naine française sans homologue en grande race |
| Poids poule | 600 g (max. toléré : 800 g) |
| Poids coq | 800 g (max. toléré : 1 kg) |
| Plumage | Perdrix doré uni — une seule variété homologuée |
| Couleur des œufs | Blanc à blanc jaunâtre |
| Œufs par an | 120 à 150 œufs (environ 130 en moyenne) |
| Caractère | Doux, calme, familier, proche de l’humain ; excellente couveuse et meneuse de poussins |
| Espérance de vie | 5 à 8 ans, jusqu’à 10 ans dans de bonnes conditions |
| Particularité | Race française en danger, seule naine française d’origine, utilisée pour couver des œufs de faisans et de perdrix |

La poule Pictave — Combien d’œufs ?
La Pictave est avant tout une couveuse exceptionnelle, et c’est pour ça qu’elle a été créée. La ponte est donc secondaire dans ses talents, mais elle reste honnête : comptez environ 120 à 150 œufs blancs à blanc jaunâtre par an, d’un poids minimum de 40 grammes. Ce n’est pas une pondeuse de compétition, et personne ne lui a jamais demandé de l’être.
Ses œufs sont petits, logiquement, puisque la Pictave elle-même est une naine. La coquille est solide, la qualité gustative bonne. En parcours libre sur un terrain bien fourni, elle complète son alimentation par le fourrage naturel et produit des œufs dont le jaune bien coloré reflète une vie passée à gratter la terre plutôt qu’à rester derrière un grillage.
La ponte est régulière en saison favorable, avec le ralentissement hivernal naturel commun à toutes les races rustiques. Ce qui est remarquable chez la Pictave, c’est sa tendance à se mettre à couver dès ses premiers œufs : entre 15 et 20 œufs pondus, et la voilà qui s’installe tranquillement sur son nid. Si vous l’en empêchez, elle reprend la ponte sans faire de caprice. C’est une poule qui sait ce qu’elle veut, et ce qu’elle veut, c’est être maman.
La maturité sexuelle arrive aux alentours de 5 à 6 mois pour le coq, 6 mois pour la poule.
La poule Pictave — Caractère & Comportement
Le caractère Pictave, c’est tout le contraire de ce qu’on pourrait imaginer pour une race patrimoniale rustique : elle est douce, calme, familière, et proche de l’humain. Une vraie surprise pour qui s’attendait à une poule sauvage et méfiante.
Elle n’a pas peur de vous. Elle accepte votre présence naturellement, supporte qu’on s’occupe de ses œufs ou de ses poussins sans paniquer, et finit souvent par venir chercher un peu de compagnie autour de vous. Ce n’est pas non plus une poule pot-de-colle qui vous suit partout comme un chien, mais c’est une poule agréable à côtoyer au quotidien.
Son grand talent, celui pour lequel le comte Lecointre l’a sélectionnée et fixée en race, c’est la couvaison et l’élevage des jeunes. La Pictave est une maman extraordinaire : patiente, attentive, capable d’accompagner non seulement ses propres poussins mais aussi des faisandeaux et même des perdreaux dans leur retour à la nature. Des programmes de réintroduction de perdrix dans le Nord-Pas-de-Calais l’ont d’ailleurs utilisée pour cette mission. Pas mal pour une petite naine de 600 grammes.
Elle vole bien et aime grimper dormir dans les arbres si elle en a la possibilité, ce qui est à la fois charmant et un peu casse-pieds quand vient l’heure de rentrer les poules au poulailler. Son plumage perdrix doré lui offre un camouflage naturel appréciable en plein air, même si un enclos sécurisé reste conseillé contre les prédateurs.
Pour les débutants, la Pictave convient bien : son caractère doux et sa rusticité en font une compagne facile, à condition d’accepter qu’elle couvera régulièrement et que la production d’œufs n’est pas son ambition première.
La poule Pictave — Histoire, Rareté & Description physique
La Pictave tient son nom des Pictaves, le peuple gaulois qui habitait la région de Poitiers bien avant que la ville ne prenne ce nom. C’est dire si ses racines sont profondes dans le sol du Poitou. Mais contrairement à ce qu’on pourrait croire, ce n’est pas une race ancienne façonnée au fil des siècles par les paysans : c’est une création relativement récente, fixée au début du XXe siècle par le comte Raymond Lecointre, éleveur de faisans à Anché, dans la Vienne.
Le comte avait besoin de petites poules couveuses pour incuber ses œufs de faisane et élever ses faisandeaux de la façon la plus naturelle possible. Il a sélectionné des poules naines locales au plumage perdrix doré, a fixé leurs aptitudes à la couvaison et leur forme caractéristique, et a présenté la race pour la première fois à Paris en 1928. Le standard a été officiellement adopté en 1929.
Sa particularité absolue : la Pictave est la seule race naine française sans homologue en grande race. Toutes les autres naines françaises sont des réductions de grandes races existantes. La Pictave, elle, n’existe qu’en naine. C’est unique dans l’aviculture française.
Physiquement, c’est une petite volaille élégante et bien proportionnée : basse sur pattes, dos arrondi incliné vers l’arrière, poitrine bombée et portée haute, camail long et abondant recouvrant le haut des ailes, queue bien développée portée à environ 45 degrés. Le plumage est riche et dense. Les pattes sont blanches avec de légères marques grises, plus marquées chez les jeunes femelles et s’estompant avec l’âge.
Le plumage perdrix doré est sa seule variété homologuée. Le coq arbore un camail acajou clair, un dos acajou foncé, une poitrine noire et de belles faucilles dont les deux plus grandes se détachent nettement du reste de la queue. La poule présente une teinte générale jaune verdâtre mêlée de roux et de noir, parcourue d’un fin filigrane. Pas de noir aux reflets verts : c’est du perdrix doré, chaud et chatoyant, qui révèle toute sa richesse au soleil.
La race a failli disparaître dans les années 1960 par négligence et croisements hasardeux. Un colloque à Châtellerault en 1998 a permis un retour au standard d’origine. Aujourd’hui, sa population est estimée à quelques centaines d’individus en France, principalement dans le grand Ouest. Elle est classée en danger par la FAO.

La poule Pictave — Élevage & Entretien
L’élevage Pictave est accessible, et sa rusticité est réelle. Race façonnée dans le Poitou, région aux hivers humides et aux étés chauds, elle s’adapte sans difficulté aux variations climatiques françaises. On rapporte même qu’elle est capable de survivre à des vagues de froid en se réfugiant dans les haies : l’instinct de survie est intact.
Elle apprécie le plein air et la liberté de mouvement. Un parcours enherbé lui permet d’exprimer son naturel de fourragère et de compléter son alimentation par le grattage, ce qui améliore la qualité de ses œufs et réduit vos coûts. Elle vole facilement, pensez-y au moment de concevoir votre enclos.
Côté alimentation, un bon aliment ponte équilibré complété par des grains en fin de journée lui convient parfaitement. Attention cependant à ne pas la suralimenter : le standard impose de maintenir des poids raisonnables, et une Pictave trop lourde s’éloigne du type. À l’inverse, si une poulette descend en dessous de 450 grammes, elle cesse de pondre.
Un point de vigilance propre à la race : les éleveurs conservateurs signalent des fragilités de l’appareil respiratoire liées à la consanguinité, inévitable dans une population aussi réduite. Choisissez vos sujets chez des éleveurs sérieux qui travaillent sur la diversité génétique, et renseignez-vous sur les lignées pour éviter des croisements trop proches.
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Acheter une poule Pictave — Prix & Où trouver ?
Soyons honnêtes d’emblée : trouver une vraie Pictave conforme au standard en France est une vraie quête. La race est rare, les éleveurs sérieux peu nombreux, et la production annuelle de poussins extrêmement limitée. Comme me l’a rappelé un lecteur en commentaire, des poules vendues sous le nom de Pictave ne correspondent pas toujours au standard officiel : méfiez-vous et vérifiez.
Le prix Pictave, quand on en trouve de conformes :
- Poussin d’un jour : 10 à 20 €
- Poulette de 2 à 3 mois : 20 à 40 €
- Poule adulte : 30 à 50 €
- Sujets de sélection : jusqu’à 80 € selon la lignée et la conformité au standard
Pour acheter une Pictave fiable, les pistes sérieuses sont : le Bantam Club Français (BCF), référence incontournable pour toutes les races naines en France, les associations avicoles de la Vienne et des Deux-Sèvres, les éleveurs référencés par ProNaturA France, et les bourses avicoles spécialisées en races rares. Vérifiez toujours la conformité au standard : plumage perdrix doré, pattes blanches, oreillons rouges. Des oreillons blancs ou des tarses foncés sont des critères d’exclusion formels.
Inscrivez-vous sur liste d’attente, soyez patients : les bons sujets partent avant même d’être annoncés publiquement.
La poule Pictave — Questions fréquentes
La Pictave est-elle vraiment une race naine ?
Oui, exclusivement. C’est même sa particularité absolue dans l’aviculture française : c’est la seule race naine d’origine française qui n’a pas d’équivalent en grande race. Une Pictave pèse 600 g pour la poule et 800 g pour le coq. Si on vous vend une « Pictave » de 2 kg, c’est autre chose.
La Pictave est-elle bonne pondeuse ?
Honnête, pas record. Comptez environ 120 à 150 œufs blancs à blanc jaunâtre par an. Son vrai talent, c’est la couvaison : elle se met à couver dès ses premiers œufs et est une maman exceptionnelle, y compris pour les faisandeaux et les perdreaux.
Quel est le plumage de la Pictave ?
Perdrix doré uni : c’est la seule variété homologuée par le Bantam Club Français. Le coq a un camail acajou clair et un dos acajou foncé avec une poitrine noire. La poule présente une teinte générale chaude, jaune verdâtre mêlée de roux et de noir. Pas de plumage noir aux reflets verts : ça, c’est une autre race.
Quel est le prix d’une poule Pictave ?
Entre 20 et 50 € pour un sujet standard selon l’âge, davantage pour les sujets de sélection. Le vrai défi n’est pas le prix : c’est de trouver un sujet réellement conforme au standard auprès d’un éleveur sérieux.
Où acheter une Pictave en France ?
Le Bantam Club Français est votre premier interlocuteur. Les associations avicoles du Poitou, ProNaturA France et les bourses spécialisées en races rares sont aussi de bonnes pistes. Vérifiez toujours la conformité au standard avant d’acheter.
Quelle est l’espérance de vie d’une Pictave ?
Entre 5 et 8 ans en moyenne, jusqu’à 10 ans dans de très bonnes conditions. Sa rusticité naturelle contribue à une bonne santé générale, même si la consanguinité liée à la faiblesse des effectifs peut fragiliser l’appareil respiratoire.
La Pictave est le genre de race qui ne cherche pas la lumière, et c’est peut-être pour ça qu’elle a failli s’éteindre. Mais ceux qui la découvrent vraiment, conformément à son standard, ne l’oublient pas. Une petite naine de 600 grammes, avec son plumage perdrix doré et son instinct maternel hors du commun, qui accompagne des faisandeaux dans la nature : il y a dans cette image quelque chose de profondément émouvant. Préservez la vraie Pictave. Elle le mérite.




Bonjour vos poules Pictave ne sont pas de vraies Pictaves car elles ne correspondent pas du tout au standard de la race qui impose des coqs de 800g et des poules de 600g d’ailleurs c’est la seule race qui n’existe qu’en naine
Bonjour Bernard,
Merci beaucoup pour ce commentaire, il m’a bien fait réfléchir ! En fait, j’ai honte de l’avouer, mais vous venez peut-être de m’apprendre que mes poules ne sont pas des Pictaves du tout. J’en avais acquis sous ce nom, je les avais élevées sous ce nom, j’avais écrit un article entier sous ce nom… et visiblement elles ne sont pas de cette race.
C’est la magie des races rares : même ceux qui croient les connaître peuvent passer à côté. Je vais corriger l’article avec les bonnes informations!
Merci pour votre vigilance, c’est exactement ce dont les races patrimoniales ont besoin.
Carine